''Bohémian rhapsodie'' (qui ne s'appelera peut-être pas ''Bohémian rhapsodie'') étant en phase finale - relecture, réécriture, broderie fine, corrections diverses et variées...- je commence à griffoner des pages pour mon prochain roman.

 

Il s'agit d'un récit autobiographique que je cadenasse depuis 5 ans. Je pense qu'il est aujourd'hui temps de l'écrire. Même si le ''je'' ce n'est pas mon truc. Même si je préfère raconter des histoires et inventer des personnages. Même si ça doit être difficile...

 

Ce roman devrait s'appeler ''Borderline''. Parce que j'ai été à 29 ans au bord d'un précipice. Parce que j'étais à la limite de la mort alors que je venais de donner la vie à mon fils. Parce que mon cancer était borderline.

 


 

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BORDERLINE - Premières esquisses

 

 

 

INTRODUCTION


Pour la première fois de ma vie, je vais écrire ‘’je’’.

En effet, mon projet ‘’Borderline’’ est un récit autobiographique. Il ne s’agit ni de mémoires, ni de récit d’aventure. Il s’agit de parler d’un bout de mon histoire. Un tout petit bout qui a pourtant pris tellement de place.


A 29 ans, lors de la césarienne nous sauvant la vie à mon enfant et moi, les médecins ont découvert un kyste sur l’ovaire gauche. De la taille d’un pamplemousse. Un mois après, le diagnostic est tombé : cancer de l’ovaire.


C’était il y a cinq ans. L’âge de mon garçon. J’ai gribouillé des pages durant toutes ces années. Les délaissant toujours à la faveur d’une histoire inventée. Je préférais créer des nouveaux personnages, être maître de leur destin plutôt que de devoir affronter le mien. C’était plus facile, plus doux. Mais ‘’Borderline’’ était toujours là au fond de mes entrailles et attendait patiemment que je vienne à sa rencontre.


J’ai dans la tête un nouveau roman. Une histoire d’amour avec du vent et des cailloux. Mais je crois que cette fois-ci je ne vais pas me laisser emporter par elle.  Je vais la mettre de côté et lui demander de patienter. Je vais oser. Je vais arrêter de nier. Je vais écrire ‘’je’’. Je vais écrire cette histoire qui est la mienne.

 

 


 

C’est une histoire qui traînait dans les tiroirs, qui prenait la poussière, qui perdait ses pages ici et là, qui se détricotait au fur et à mesure qu’elle avançait.  C’était mon histoire, la mienne, avec des ‘’je’’ à accorder aux verbes. Plus de ‘’il’’, ni de ‘’elle’’ pour faire barrière. C’était juste la feuille blanche et moi. C’était juste impossible.

 

 

 

PROLOGUE

 

J’ ai mis du rouge sur mes ongles.

- Pourquoi t’as mis du rouge sur tes ongles maman ?

- Pour faire joli.

C’est vrai que ça fait joli du rouge sur les ongles.

 

J’ai mis du rouge pour me donner du courage. Pour que mes doigts sur ce clavier se sentent beaux et vivants. Pour qu’ils trouvent la force de parler de ce que je suis. De moi. Pour la première fois de mon existence je vais écrire ‘’je’’.

 Adolescente, je n’ai jamais eu de carnet intime. Enfin si, un sur lequel j’ai du gribouiller une page ou deux et que j’ai laissé dans un coin. Quel intérêt de raconter mes journées d’ado blasé ? Adulte, j’ai beaucoup voyagé. J’ai essayé de remplir des carnets de voyage, mais là non plus ça ne marchait pas. J’avais du mal à me raconter. Je préférais humer, sentir, observer, caresser ce que chaque pays avait à m’offrir. Mes cahiers rentraient en France à moitié vides. J’ai ensuite commencé à raconter des histoires. Des nouvelles, puis des romans. Avec lui, ils, elle,… Il fallait que j’invente, que je me nourrisse des autres, que je brode des nouvelles vies avec des ponts sans fin et des zébus en chocolat.

Et puis il y a eut la vie. Ma vie. La vraie. Celle que je ne pouvais inventer. Et ma vie m’a fracassée. M’empêchant d’abord de bouger. Puis de parler. Ligotée par la peur, je me suis débranchée. Cela fait cinq ans maintenant que je porte un truc noir en moi. Et ce truc, il est temps qu’il foute le camp. Qu’il me laisse tranquille et que je retrouve la paix. Et pour cela,  je crois que je n’ai pas d’autre choix. Je vais devoir parler de moi. Avec des ‘’je’’, des ‘’me’’, des ‘’moi’’.

 

Au début c’était inconcevable. Ecrire sur moi. Quelle idée ! Quel toupet ! Pour qui je me prenais. Quel égo surdimensionné. Je suis Lion mais quand même de là à me mettre en scène… Comme ça. Pour rien. Et puis je me suis dit que ce n’était pas comme ça et pas pour rien. Je me suis souvenu de ces livres témoignages que j’avais lus et qui m’avaient bouleversée. Aidée. Et je me suis dit que je pourrais essayer d’écrire ‘’je’’.  Pour moi d’abord. Et peut-être pour les autres aussi.


Je ne sais pas pourquoi je vais faire ça. Si je vais faire ça. Le publier. Me mettre à nu.  Je vais déjà le faire pour moi. Peut-être aussi pour ma famille. Pour mes proches. Peut-être aussi pour d’autres qui trouveront dans mes maux des mots capables de guérir les leurs.


Je vais écrire pour dédramatiser. Démystifier. Désinfecter. Cette maladie. Pour trouver le détonateur capable de tout faire exploser. Pour qu’il ne reste plus rien de ce cauchemar, de toutes ces angoisses, de cette peur viscérale.


Je vais écrire pour faire table rase et recommencer à zéro. Sans cette trouille qui me bouffe les os.


Je vais parler en m’aidant de quelques mots. Car pour moi les mots sont comme des parfums. Ils portent en eux des centaines d’autres mots, des images, des souvenirs. Un mot pour un instant, pour une émotion, pour passer au suivant, pour rester vivant.


Je vais parler de moi et je vais tout balancer. Je ne vais pas me gêner. Parce ce que le cancer, lui, il ne s’est pas gêné.

 

 


 

Par Diane PEYLIN
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